La vérité, c’est compliqué

La vérité, c’est compliqué

Faire confiance à ce qu’on lit. Croire ses pairs. S’en remettre à ceux qui savent – ou qui disent des choses si compliquées que ce serait bien le diable qu’ils ne soient pas des puits de science. Ne pas se fier à d’autres sources que celles qui ne nous ont jamais trahis jusqu’ici.

Et sentir cependant les doutes s’accumuler, les convictions se fissurer, la claire vision que l’on croyait avoir du monde et de l’avenir se brouiller.

Au moment où la production industrielle des fake news se déverse à haut débit sur les réseaux, à peine déviée par la pourtant florissante filière du debunking; au moment où les crises écologiques et sociales et l’accélération technologique remettent en question bien des schémas, le statut de la vérité – des vérités – tremble sur ses bases. Que croire ? Qui croire ? Comment ?

Actualité brûlante, questions anciennes

Ces questions nous semblent briller de l’éclat du neuf, flamboyer sous les feux de l’urgence. Elles sont en réalité fort anciennes. Et nombreuses sont les sources susceptibles d’y apporter réponse.

C’est l’histoire et la profondeur de ce questionnement qu’explore en détail le dossier du dernier numéro des Cahiers de Science & Vie, dont j’ai eu le privilège d’assurer la rédaction en chef. Il est à découvrir ici https://www.kiosquemag.com/abonnement/les-cahiers-de-science-vie.

Cahiers de Science & Vie n°183

Et pour vous en donner le ton, en voici l’édito:

Il y a ceux qui ne croient que ce qu’ils voient. Ceux qui ne jurent que par les preuves chiffrées. Ceux qui disent qu’ils l’ont lu sur Internet. Ceux qui l’ont lu dans le journal. Vu à la télévision. Ceux qui n’écoutent personne puisque tout le monde ment. Ceux qui s’en remettent à leur femme, leur voisin, la franchise des enfants, la colère des autres ou leur maître de yoga. Les humains ne sont pas d’accord sur la méthode pour trouver la vérité, mais ils cherchent tous, un jour ou l’autre, à mettre la main dessus.

Sauf que la vérité a tout d’une anguille insaisissable.

Le jeu en vaut néanmoins la chandelle : est-il vrai que ce fruit peut nourrir la tribu ? Voilà une question cruciale pour l’éclaireur du Néolithique à qui le membre d’un clan inconnu offre une grappe de baies encore jamais rencontrées. Comment savoir ?

Au fil du développement humain, la capacité de l’homme à discerner le vrai du faux, à mettre à l’épreuve ses convictions, à s’assurer de sa capacité à engager sa parole, s’est structurée, raffinée. Philosophies, religions, sciences ont, chacune, creusé leur sillon. Des critères pour s’accorder sur ce qui peut être reconnu comme vrai se sont répandus, diffusés, à des échelles toujours plus grandes, contribuant à fédérer les hommes et les femmes.

Mais le langage est truffé de pièges, les religions se prêtent à des interprétations insondables, et la science bute, plus souvent qu’on veut bien le croire, sur des mystères ou des contradictions insolubles. Si bien que l’anguille glissante semble, parfois, rester éternellement hors d’atteinte. La quête – l’enquête, devrait-on dire – est difficile et le découragement rapide.

Voilà un terrain fertile pour ceux que la vérité indiffère, ceux qui lui tournent le dos. Les producteurs de « fake news » – aux intérêts aussi variés que contradictoires – en font partie. La fascinante adéquation entre la dynamique des réseaux numériques et le privilège accordé par nos facultés mentales, héritage de notre évolution, à tout énoncé venant d’un groupe familier, leur confère une puissance redoutable. Et peut-être même la capacité de défaire la trame de la confiance, indispensable aux affaires humaines, que d’inlassables chasseurs d’anguilles ont patiemment tissée au fil des siècles.



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